• Charles-Antoine Barbeau-M

Surcharge cognitive et fatigue mentale : dommages collatéraux de la COVID-19?

Mis à jour : mai 7

La densité colossale d’information circulant autour de la COVID-19, déjà peu rassurante dans l’ensemble, est singulièrement difficile à absorber et à digérer. Sans doute l'avons-nous tous vécu et constaté.

L’Organisation mondiale de la santé a jugé bon de nous mettre en garde : plus qu’une pandémie, nous faisons face aussi à une « infodémie » de fausses nouvelles et de contenu anxiogène. Selon les témoignages de jeunes aux prises avec un trouble d’anxiété, cet excès d’informations est d’ailleurs l'un des principaux vecteurs de la détresse liée à la COVID-19. S’il est banal de « manger ses émotions » en période de stress, l’équivalent pour notre consommation numérique est le « stress-scrolling » : une consommation impulsive de contenu ad nauseam, déroulant sans fin sur des plateformes qui, somme toute, sont conçues afin de stimuler notre circuit de récompense.


La surcharge cognitive : une cause insidieuse de stress et d’épuisement

Pour notre cerveau – cet « organe de l’adaptation », dont le but premier est de planifier des actions utiles dans des circonstances informées s’adapter au climat d’incertitude actuel représente un effort prodigieux, et épuisant. Cet effort peut mener à ce que des chercheurs en neurosciences nomment la surcharge cognitive. Il en coûte d’emblée de maintenir son attention dans un environnement de distractions et de contenus émotionnels. Or, le stress et la fatigue mentale s'accumulent surtout par l’alternance constante parmi de nombreuses tâches maintenues en veille dans notre mémoire de travail – ce qu’on nomme avec approximation le « mode du multitâche ». Pour reprendre le dicton américain « you are what you eat » (nous sommes ce que l'on consomme), imaginez que ces dizaines d’onglets ouverts dans nos Firefox, Chrome ou Safari, qui pullulent parfois dans nos navigateurs des jours durant, ont leur image miroir dans votre tête.

Le confinement a mis à notre disposition, pour nombre d’entre nous à tout le moins, une denrée précieuse : le temps, une condition pour régénérer l’esprit et la pensée.

De la société de l’information à la société de la fatigue?

Soyons honnêtes : le phénomène de la surcharge cognitive n’a rien de radicalement nouveau. Les sociologues Lazarsfeld et Merton parlaient déjà, en 1948, d’une « dysfonction narcotique » des médias de masse et de notre « société de l‘information ». Selon Jean-Philippe Lachaux, neuroscientifique lyonnais qui a fait sa carrière consacrée aux mécanismes de l’attention, la surcharge cognitive est cependant caractéristique de notre mode de vie « hyperconnecté ». Le philosophe Byung-Chul Han y fait écho dans son essai La société de la fatigue. L’accès inédit à cette abondance d’informations, et l’absence de balises claires, engendre un « excès de positivité » à gérer et, selon lui, c’est ce qui explique que la dépression et les troubles de l’attention soient devenus les entités psychiatriques dominantes du 21e siècle.


Le confinement : une occasion de repenser notre rythmicité et notre rapport à la nature

L’enjeu du confinement, c’est donc aussi la perte de certaines balises précieuses eu égard à notre consommation numérique. C’est pourtant naturel : pour nombre d’entre nous, les écrans sont la seule « fenêtre » sur le monde. Mais le confinement est aussi, paradoxalement, le contexte idéal pour lutter contre la surcharge cognitive. Le confinement a mis à notre disposition, pour nombre d’entre nous à tout le moins, une denrée précieuse : le temps, une condition pour régénérer l’esprit et la pensée. S’il existe de nombreuses méthodes pour réduire la surcharge cognitive – diviser les tâches complexes en séries de tâches simples, décharger ses tâches dans des listes écrites, circonscrire son temps connecté, voire contrôler son accès aux espaces web excédents avec des application comme SelfControl nous retenons un conseil : s’offrir du temps pour une activité qui régénère l’attention et dissipe la charge mentale. Les activités qui ne mobilisent qu’une seule tâche attentionnelle, comme le dessin, la lecture profonde, la méditation ou jouer de la musique engendrent un état de repos cognitif.


Enfin, en pleine saison printanière, ne sous-estimons pas non plus les bienfaits de poser notre regard sur la nature. Selon la théorie de la restauration de l’attention, la morphologie de la nature, avec ses contours subtils et harmonieux, requiert très peu de "bande passante", une condition idéale pour le repos cognitif. Parmi ses nombreux bienfaits, l'immersion en nature entraînerait une “fascination douce”, un état d'engagement apaisant qui soulage la charge mentale et restaure notre concentration.


Cette crise serait-elle donc l'occasion que l’on attendait pour épouser une nouvelle rythmicité, et reconquérir notre rapport à la nature? Ce sont, à tout le moins, deux pas fermes vers le bien-être numérique.

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