• Emmanuelle Parent

Se connecter pour mieux se déconnecter

Mis à jour : juil. 4

Lundi matin. Je suis assise devant mon ordinateur d’où je travaille de la maison. Sans aucune bonne raison, je m’octroie une pause procrastination aux saveurs facebookiennes. Je tombe sur une publication de deux grands-mères qui font de la musique pour ensoleiller le quotidien des gens. L’une joue du violon; l’autre du piano. Le violon fausse, le son n’est pas bon, mais l’intention me va droit au cœur. Ma grand-mère jouait du piano. Je m’identifie. Je pleure ma vie. Je quitte Facebook et j’essaie de retourner à mon boulot.


Quelque temps plus tard, l’attrait de la procrastination se fait encore sentir. Cette fois-ci, je tombe sur un reportage de Radio-Canada sur une dame qui a perdu son mari et lui a dit adieu sur Zoom. Je pleure encore. Je quitte Facebook, je tente de me concentrer.

Il n’est pas encore midi que j’ai déjà pleuré deux fois, envoyé des memes à des amies, rédigé des courriels. Trois activités qui sont liées juste par le fait que je travaille à l’ordi. Mon train de vie émotionnel, c’est le Goliath à La Ronde. Alors qu’Internet incarne la bouée de sauvetage sociale à laquelle j’accroche mon quotidien, je sens un étrange besoin de déconnexion.


Ai-je besoin de mettre une croix sur mon utilisation des médias sociaux? Cette avenue me semble impossible, car plus que jamais, je réalise leur importance dans ma vie. D’une part, le contenu y est sérieux, m’ouvre sur la réalité des travailleuses de la santé à coup de vidéos poignantes, de témoignages personnels, de récits de personnes malades. D’autre part, le contenu en ligne est hautement humoristique. Lorsque le Québec se réunit autour de memes d’Arruda, les blagues me permettent d’accueillir le drame pandémique avec plus de résilience. Entre des statistiques de mortalité et des images drôles, le FoMO peut expliquer pourquoi malgré pleurs et rires contradictoires, je continue d’auto-interrompre mon travail pour me connecter aux quinze minutes.


Le FoMo

Le FoMO, c’est un concept scientifique lié aux médias sociaux pour mettre un mot sur la peur de passer à côté de quelque chose (en anglais, Fear of Missing Out). Cette appréhension nous pousse à retourner sur Instagram ou Facebook plus souvent que nécessaire, comme un réflexe. On veut éviter de rater un événement qu’on imagine connu de tous, sauf de soi. Cette anxiété sociale là, dans un contexte de pandémie, semble contagieuse elle aussi.


On saute rapidement sur les réseaux sociaux par ennui, mais également parce qu’on veut suivre toutes les nouvelles sur la pandémie. Mon FoMO prend la forme de questions comme : « est-ce que je vais apprendre aujourd’hui que l’école recommence? Est-ce j’aurai le droit de prendre une marche dans les rues cet après-midi? » En passant par les médias sociaux pour avoir accès à ces informations-là, on se retrouve dans un bien drôle d’amalgame de publications où le contenu oscille entre humour et drame.

On doit s’accorder des pauses de numérique. Non pas parce que les réseaux sociaux sont sorciers, mais parce qu’apprendre autant de choses sur le monde, c’est fatiguant sur les plans émotionnel, cognitif et social.

Sur mon fil d’actualité se succèdent des publications sensibles et empathiques autant que des fake news et des commentaires haineux. Ces sujets hétéroclites génèrent des émotions qui fluctuent entre tristesse, frustration et joie, en l’espace de seulement quelques minutes. C’est normal de ressentir le besoin de se déconnecter après tout ça. On doit s’accorder des pauses de numérique. Non pas parce que les réseaux sociaux sont sorciers, mais parce qu’apprendre autant de choses sur le monde, c’est fatiguant sur les plans émotionnel, cognitif et social.


Reconnexion

Oui, on veut rester au courant des dernières actualités. Il est néanmoins impossible d’arriver à lire toutes les nouvelles produites à travers le monde sur la covid-19. Il faut apprivoiser le FoMO, accepter qu’on va manquer des blagues et des témoignages au bénéfice du repos. L’occasion de trouver des informations sérieuses comme humoristiques sur la même plateforme vient avec la nécessité de décrocher.


Besoin de déconnexion? Non. On ne peut pas se couper du seul lien qui nous rattache au monde qui nous entoure. Je propose plutôt une reconnexion : se connecter aux écrans, mais de manière plus consciente. Apprivoiser le FoMO en acceptant qu’on manquera des publications intéressantes. Limiter les montagnes russes d’émotions en réduisant les auto-interruptions, en privilégiant les contacts sociaux en direct, où nous sommes concentrés sur une personne à la fois. Se facetimer, même si on n’a rien à se dire d’autre que le temps est long, et pourtant apprendre à le vivre doucement.

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