• Emmanuelle Parent

«Je te comprends<3»: le réconfort sur les médias sociaux durant le confinement

Mis à jour : juil. 4

« Maudit que je suis content que sur ce statut, ya pas un mauvais commentaire. Juste du positif. J'ai le même problème. Lâchez pas ça va bien aller. » Michel commente une publication sur le groupe Facebook « flash tes lumières COVID19 20h30 » où une femme se désolait ne pas avoir pu embrasser son fils à son anniversaire.


Saluée par des milliers de réactions triste, j’adore et j’aime, la publication accueille des dizaines et dizaines de commentaires où des parents affirment partager la même tristesse. Entre les mots d’encouragements se glissent des emojis de cœur ou d’arc-en-ciel.

Le commentaire de Michel est une illustration typique de ce que l’on peut observer sur les médias sociaux durant cette pandémie dans différents groupes ou dans la section des commentaires d’articles d’actualité. Alors que les médias sociaux sont parfois caractérisés par les commentaires haineux et la cyberintimidation, le confinement fait jaillir des vagues de solidarité affective à l’égard des travailleurs et travailleuses de la santé ou d’individus vivant des difficultés.

Même si un like est loin d’égaler une tape dans le dos, lire les témoignages d’étrangers peut faire du bien. Comment le soutien social traverse-t-il l’écran de nos médias sociaux?

Un public intime

On appelle un public intime les étrangers qui, à distance, s'identifient au même contenu d'un média populaire¹. S’identifier aux autres, ça veut dire se reconnaître dans leur histoire. Par exemple, un article sur les personnes âgées nous fait penser à notre grand-mère, le récit d’une préposée aux bénéficiaires nous rappelle une cousine infirmière, un témoignage d’une personne seule nous rappelle notre propre confinement.


Sur les médias sociaux, on voit des publics intimes émerger sous une publication, dans un article ou une vidéo, où différents inconnus partagent leur quotidien de façon bienveillante dans les commentaires, créant parfois un sentiment d'appartenance au groupe. D'autres participent en soulignant leur appui par une réaction j'aime, j'adore ou encore solidaire.

Pourquoi voir sa propre expérience chez quelqu’un d’autre a un effet de soutien social? D’abord, parce qu’on se sent moins seul(e) dans notre situation, on comprend que nos émotions sont normales. En plus, si on éprouve de la difficulté à mettre les mots sur nos sentiments reliés à la COVID-19, le texte d’un individu peut permettre qu’on saisisse mieux nos difficultés et comment y répondre.

Une vague de soutien

Si réaliser que son expérience est partagée chez une autre personne offre du réconfort, imaginez lorsque des milliers de personnes affirment ressentir la même chose! En voyant le nombre élevé de likes, de commentaires et de partages sous une publication qui nous interpelle, l’effet de validation sociale est décuplé.

Dans l’exemple de Michel au début du texte, il réalise que sa peine par rapport au manque de contacts avec ses enfants est vécue non seulement par la créatrice de la publication, mais aussi par tous les autres utilisateurs et utilisatrices qui y réagissent. Les différentes interventions forment une douce solidarité affective.

Éventuellement, le partage d’expérience de tristesse et de mélancolie nous permet d’être créatifs, d’agir différemment et de tirer de la confiance en soi du groupe.

Derrière nos écrans, nous nous lions à l’intimité de gens qu’on ne connaît pas, sans même avoir besoin de participer. Ce que le concept de public intime nous révèle, c’est que sous les apparences dramatiques, être triste tous et toutes ensemble contribue à notre propre réconfort.

Éventuellement, le partage d’expérience de tristesse et de mélancolie nous permet d’être créatifs, d’agir différemment et de tirer de la confiance en soi du groupe. Se plaindre ensemble pour mieux s’inspirer et s’aider ensemble par la suite. Alors prenons le temps de s’ouvrir à ce que les autres ont à dire, puis laissons résonner l’écho de leur message dans notre maison, à distance, pour qu’éventuellement l’énergie générée par le soutien social nous épaule dans les épreuves du quotidien.



(1) Berlant, L. (2008). The Female Complaint - The unfinished business of sentimentality in American culture. Duke University Press. Durham. 352.

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