• Maude Gauthier

Les confinés, une mine de données!

Mis à jour : juil. 4

Clics, temps de visionnement, mentions "j’aime", achats, numéros de cartes de crédit, adresse postale, adresse courriel, contenu des conversations, photos, alouette! Toutes ces informations personnelles, vous les donnez gracieusement lorsque vous consultez des moteurs de recherche, des sites ou des applications.



Ces données peuvent ensuite être utilisées de différentes manières, très souvent pour cibler des individus avec des publicités et construire des profils de consommateurs.


Depuis la mi-mars, les publications défilent sur les avantages d’avoir du temps pour soi tout autant que sur les effets pressentis de cette pause sur les personnes avec une problème de santé mentale, les victimes de violence, etc. Les conversations vidéos sont possiblement plus fréquentes, plus longues, et plusieurs de ces nouvelles habitudes nourrissent les géants du web d’informations à propos de l’état de santé de milliards d’individus.


Prenons un exemple personnel : depuis que je suis à la maison la majeure partie de mon temps, je consomme beaucoup plus de télévision, je passe beaucoup plus de temps sur les médias sociaux, je lis les nouvelles plus régulièrement, je me suis abonnée à Crave, j’ai commandé des vêtements en ligne, j’ai cherché un appartement, j’ai commandé dans plusieurs restaurants, j’ai téléchargé Uber Eats et Headspace après avoir vu une publication sponsorisée. Plusieurs personnes de mon réseau ont partagé des articles qui parlaient de santé mentale pendant une période d’isolement. Si je me suis laissée aller à aimer certaines d’entre elles parce que je les trouvais intéressantes, j’ai ainsi nourri la bête, qui m’a fourni encore plus de contenu similaire par la suite.

À l’échelle du Québec, on sait qu’on rejoint une certaine partie de la population avec les memes d’Horacio. On aime, on commente, on fait circuler. On a aussi vu les critiques de la gestion de la crise passer par les médias sociaux, et cette information nourrit la manière dont nos allégeances politiques sont perçues. Facebook a élargi sa banque de photos de l’adolescence et de l’enfance de plusieurs d’entre nous, pris d’un élan nostalgique.

Notre temps, notre concentration sur ce qui nous est présenté fait donc l’objet d’une féroce compétition.

L’économie de l’attention problématise celle-ci comme une ressource rare. Notre temps, notre concentration sur ce qui nous est présenté fait donc l’objet d’une féroce compétition. Dans un contexte où l’offre est abondante, les produits auxquels on donne de l’attention prennent de la valeur. Les médias de divertissement en sont un bon exemple. Mais la crise change la donne et les entreprises s’ajustent très rapidement. Qui a de l’attention à donner, et à qui?


Les jeunes adultes en confinement? Probablement, ce qui signifie nouveaux jeux disponibles, abonnements à rabais, etc. Les parents qui télétravaillent et surveillent les tout-petits en même temps? Pas mal moins, mais on tente d’occuper les enfants avec des plateformes virtuelles éducatives. Ceux et celles qui ne connaissaient pas Zoom le connaissent maintenant. La situation a également mis en évidence une autre manière dont on distribue notre attention, collective : l’attention du gouvernement se porte maintenant un peu plus sur le personnel du domaine de la santé, les CHSLD, et les médias traditionnels dont on réalise que le mode de diffusion sert parfaitement les intérêts des États.


Pour ceux et celles qui disposent d’un peu de temps libre (!) : je vous mets au défi de noter tout ce que vous faites sur Internet en 24 h et tout ce que vous recevez comme publicité. L’exercice montre à quel point ce mécanisme est omniprésent et à quel point les données générées en continu permettent des ajustements précis et rapides.

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