• Charles-Antoine Barbeau-M

Le «social snacking» : notre diète numérique est-elle nutritive en temps de pandémie?

2020 a été marquée au fer rouge par une réalité inédite : la distanciation sociale. Pour briser l’isolement, les réseaux sociaux sont rapidement devenus notre solution de choix… mais est-ce là une bonne « diète » pour l’animal social que nous sommes?

« L’être humain est un animal social », l’adage est familier. Bien au-delà d’une simple plus-value, le lien social est l’ancrage le plus sûr de notre bien-être. Ainsi, une relation sociale qui tourne au vinaigre peut solliciter le même réseau cérébral que celui de la douleur, suscitant ce qu’on appelle la « douleur sociale ». À plus long terme, la solitude peut engendrer un stress chronique important, dont la conséquence inflammatoire sur l’organisme est l’équivalent pour notre santé de fumer 15 cigarettes par jour. Pas surprenant alors qu’en contexte de distanciation sociale, on nous prévienne d’une seconde épidémie… de santé mentale.


Face au confinement déjà encaissé et à la menace d’une deuxième vague, n’est-ce donc pas une panacée d’avoir pu garder contact sur Messenger, de suivre la communauté TikTok, et de tenir des 5@7 sur Zoom et des souper en groupe sur Houseparty? Pas forcément.

À l’image de la malbouffe et des calories vides, le social snacking désigne notre tendance à consommer distraitement, de manière quasi-boulimique, des rapports virtuels qui donnent un sentiment de connexion humaine, mais sans jamais nous en offrir la satiété.

Le confinement nous a fait prendre conscience plus que jamais que tous les rapports sociaux ne s’équivalent pas, que nos connexions ont une qualité à géométrie variable. Dans le foisonnement de nos connexions virtuelles, la sociologue Sherry Turkle nous invite par exemple à distinguer entre les liens qui nous unissent et les liens qui nous préoccupent. Nous savons bien combien l’opacité des textos suffit à engendrer des malentendus impressionnants. Et malgré l’éventail croissant d’emojis, la messagerie instantanée n’est pas un substitut du ton de la voix et des expressions faciales. Pour reprendre la formule, l’empathie nécessite d’abord un visage.


Pour illustrer ce problème, Wendi Gardner a introduit le concept assez particulier du social snacking (« grignotage social »). À l’image de la malbouffe et des calories vides, le social snacking désigne notre tendance à consommer distraitement, de manière quasi boulimique, des rapports virtuels qui donnent un sentiment de connexion humaine, mais sans jamais nous en offrir la satiété. C’est une manière de tromper la solitude sans toutefois atteindre l’état de satisfaction d’avoir réellement écouté autrui, ou d'avoir reçu la pleine attention d’autrui.


Le confinement aura engendré une réelle revalorisation du temps en face à face. Certains ont aussi redécouvert le plaisir et l’intimité des appels téléphoniques, ces « bulles de présence » où se pratique plus aisément l’art de la conversation. Après tout, s’il est possible « d’entendre » un sourire, n’est-ce pas que notre cerveau décode et même « se nourrit » de la présence humaine? Dans le contexte de déconfinement actuel, restez respectueux des consignes de distanciation sociale en vigueur... mais faites-vous un bon repas.

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