• charlesbourgeois

L’école ouverte : l’arbre qui cache la forêt?

Le 27 avril dernier, le premier ministre François Legault a annoncé la réouverture des écoles primaires. En revanche, il maintient jusqu’en septembre des mesures de confinement pour les élèves du secondaire et les étudiants du cégep et de l’université, où il est possible de poursuivre la formation à distance. Cette solution est raisonnable dans le contexte de la pandémie, mais elle cache une problématique sociétale à laquelle il faudra remédier avec sérieux : la fracture numérique.




La fracture numérique désigne depuis une vingtaine d’années d’importants écarts qui s’expriment à trois niveaux. D’abord, un écart dans l’accessibilité aux technologies numériques. Ensuite, un deuxième niveau d’écart dans la maîtrise des technologies. Enfin, un troisième niveau d’écart dans les opportunités pour toute personne de réinvestir ses habiletés développées avec le numérique dans le cadre de ses apprentissages scolaires.


La fracture numérique : un obstacle pour l’apprentissage à distance

Concrètement, l’existence de ces trois niveaux signifie que l’accès aux technologies ne garantit pas à tous les élèves des gains dans leurs apprentissages. Si l’accessibilité en venait à ne plus constituer un problème (premier niveau), tout le monde n’aurait pas les mêmes habiletés de départ pour utiliser une ressource numérique (deuxième niveau). Par exemple, deux élèves peuvent avoir le logiciel de traitement de texte Word, mais l’un d’eux peut déjà bien maitriser ses fonctionnalités, alors que l’autre arrive difficilement à y recourir. Même à compétence égale, rien n’indique que deux personnes auraient les mêmes capacités de réinvestir des habiletés techniques pour un apprentissage à distance (troisième niveau). Il faut le reconnaitre, maitriser une technologie numérique et l’utiliser afin de consolider des apprentissages scolaires ne constituent pas nécessairement des habiletés développées conjointement. Plusieurs explications peuvent être invoquées, mais les plus importantes demeurent l’autonomie du jeune en apprentissage et la médiation parentale.


Le confinement : un révélateur des inégalités chez les jeunes

Pour apprendre à distance, un jeune doit pouvoir bénéficier d’un soutien régulier. Des modèles d’apprentissage à distance mis en place avant la pandémie dans des écoles privées et des écoles publiques à vocation particulière servent à pallier le problème d’autonomie, mais tous les élèves de la province n’en bénéficient pas. Cet écart entre les écoles est particulièrement injuste puisque tous les parents ne sont pas en mesure d’offrir un soutien à leur enfant. Les trois niveaux de fracture numérique affectent bien souvent les parents. Avec raison, le ministre Roberge ne souhaite pas que les parents exercent le travail d’enseignant. N’empêche qu’un soutien parental demeure essentiel, particulièrement dans un contexte où les jeunes doivent plus que jamais compter sur leurs habiletés déjà acquises. Vous l’avez deviné, les plus à risque sont les jeunes déjà en difficulté d’apprentissage. Ne serait-il pas nécessaire que chaque jeune ait à sa disposition des outils et des moyens propres à ses difficultés ? Les mesures actuelles sont souvent insuffisantes à ce sujet. En contexte de confinement, certaines écoles attendent encore des directives quant à la façon de procéder afin de favoriser un apprentissage à distance.


Une responsabilité collective

Toute avenue considérée après la pandémie doit s’inscrire dans une réflexion sur la fracture numérique chez les jeunes. Souvent vus comme une génération homogène, ceux-ci ne sont en fait pas pareillement prêts à apprendre à distance. La crise de la COVID-19 a révélé la fracture numérique comme vecteur d’inégalités en éducation. N’avons-nous pas une obligation morale d’y prêter attention afin d’assurer le bien-être de tous les jeunes dans leurs parcours d’apprentissage ?

Contactez-nous

  • Facebook
  • Instagram
  • LinkedIn

Liens rapides