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L'école au temps de la COVID-19 : quelle relation pédagogique?

Mis à jour : juin 16

Le 15 mai dernier, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, affirmait que pour l’année scolaire 2019-2020, l’école n’était pas finie et qu’il souhaitait que les dernières semaines du calendrier se passent à « plein régime ».


Une semaine plus tard, Radio-Canada rapportait que certains parents étaient insatisfaits du suivi pour leur enfant. La distribution des ressources numériques aux jeunes dans le besoin semblait également avoir du plomb dans l’aile. Pour ajouter à ces problèmes, la responsabilité de l’apprentissage à distance fait actuellement porter une lourde charge mentale sur les parents. Au début du mois de juin, en réponse à l’annonce de camps pédagogiques pour les élèves vulnérables, c’était au tour de directions d’écoles de faire entendre leurs inquiétudes au sujet des nouvelles directives qui arrivent au compte-gouttes dans le réseau de l’éducation. Ces tensions expliquent partiellement la volonté de Québec d’exclure, si possible, l’école à distance pour la rentrée de septembre au secondaire.




Un apprentissage en alternance au secondaire


Le scénario le plus optimiste consisterait à faire venir les jeunes en alternance à l’école afin d’avoir accès à une forme de scolarité moins anxiogène. Une question se pose : quelle formule d’apprentissage en alternance est optimale pour la réussite? La réponse repose, en partie, sur un facteur crucial, mais souvent sous-estimé : l’établissement d’une relation pédagogique entre l’enseignant ou l’enseignante et les élèves. Cette relation, tributaire de facteurs éducatifs, sociaux et affectifs, constitue l’un des meilleurs indicateurs de bien-être d’une personne durant son parcours d’apprentissage, car en plus d’inclure le lien créé avec le personnel enseignant, cette relation comprend les liens que les élèves établissent entre eux.


Selon le chercheur Maël Virat, le facteur affectif constitue un atout pédagogique essentiel pour faire profiter les jeunes de méthodes d’apprentissage avec des ressources numériques. Actuellement, nous n’avons pas de point de comparaison pour l’établissement d’une relation pédagogique stable au secondaire, sauf dans certaines écoles avec des modèles d’apprentissage à distance mis en place avant la pandémie. Dans tous les cas, s’il advenait une deuxième vague forte de COVID-19, le personnel enseignant n’aurait même pas l’occasion de bâtir cette relation en présentiel.


Une modification de la relation pédagogique


Une fermeture du lieu d’apprentissage modifierait possiblement la relation pédagogique, qui est différente à distance de celle en face à face (Blandin, 2004). Le portrait de cette modification n’est ni blanc ni noir. D’un côté, le numérique permet de prendre des rendez-vous personnalisés pour effectuer le suivi des apprentissages. Ces suivis deviennent d’autant plus pertinents dans le contexte vraisemblablement anxiogène de la pandémie, où toutes les sphères de la vie sont plongées dans un climat d’incertitude. D’un autre côté, l’efficacité de l’enseignement à distance n’engendre-t-elle pas des pertes dans la dimension affective de la relation pédagogique? Le présentiel constitue un bénéfice évident de contact humain, notamment grâce à l’historicité du groupe et au non verbal de chaque élève, qui est plus apparent pour l’enseignant ou l’enseignante. Cet aspect n’est pas à sous-estimer, la socialisation étant un fort vecteur d’apprentissage.


Une réflexion pour et par les jeunes


Les directions d’école, le personnel enseignant et les parents souhaitent obtenir des directives pour le mois de septembre. Analyser les erreurs de gestion du confinement en éducation s’avère primordial dans la planification de la rentrée scolaire. En revanche, distribuer des blâmes pour les ratés de l’apprentissage à distance ne servirait pas à grand-chose en raison du caractère inédit du contexte de pandémie. Prenons collectivement la responsabilité, mais disons-le franchement : nous n’avons plus le luxe de négliger le bien-être et la réussite des jeunes. En tant que société, nous devons apprendre de nos erreurs et cesser l’improvisation. Nous pouvons, entre autres, réfléchir à la manière dont la modification de la relation pédagogique va affecter le bien-être des jeunes à la relance des activités scolaires.


Le plus important : impliquons les jeunes dans la réflexion ! Ne serait-il pas pertinent de leur donner une voix concernant leur propre parcours d’apprentissage et les difficultés que pose la situation actuelle? Peu importe la forme, le pari semble prometteur.

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