• Marie-Ève Vautrin-Nadeau

Imaginer demain : quête de santé mentale et lien social au temps du confinement

Mis à jour : juil. 4

Jamais on n’aura autant pris conscience du rapport entre santé mentale et lien social. Cette prise de conscience, l’Internet et les échanges médiatisés qui pallient les mesures de distanciation physique y contribuent largement.


La Semaine nationale de la santé mentale, qui s’est tenue du 4 au 10 mai 2020, est déjà derrière nous. On a réitéré l’importance des relations sociales, leur influence sur notre équilibre psychologique, sur nos manières d’appréhender la vie, de faire face aux défis, petits et grands, et d’en tirer des enseignements. L’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) a d’ailleurs fait du lien social le thème de sa campagne annuelle, ce qui n’est pas sans rappeler la situation paradoxale dans laquelle plusieurs d’entre nous se trouvent : en confinement.


Un regard « positif » sur la santé mentale

Au Canada, voire en Amérique du Nord, la santé mentale est souvent conçue en rapport au projet de vie. Valeurs centrales des sociétés occidentales contemporaines, l’accomplissement personnel et l’individualisme en sont le reflet. On attend de l’individu qu’il fasse preuve d’autonomie de jugement et d’indépendance, mais aussi qu’il fasse une expérience intime de soi, à distance des contraintes du quotidien, dont les appartenances sociales.


Au tournant des années 2000, le discours de la santé mentale positive gagne du terrain, alors que les gouvernements et les réseaux de santé publique se soucient de plus en plus du fonctionnement (physique, mental et social) optimal des populations et de leurs membres. Dès lors, tout facteur influant sur l’état psychologique des personnes et des groupes est pris en compte. Les appartenances et les interactions positives sont considérées comme cruciales au bien-être subjectif des jeunes et moins jeunes, mais aussi au développement des collectivités. On fait du lien social, soit des relations et des pratiques unissant les individus entre eux, un facteur de protection de la santé mentale.


Avec la COVID-19 qui amplifie le sentiment d’isolement, pas étonnant que psychologues, intervenantes et intervenants et autres acteurs concernés s’inquiètent du niveau élevé de détresse, notamment parmi la population québécoise. Nos façons d’entrer en relation, de communiquer et de prendre part à des collectifs apparaissent moins évidentes. Qu’est-ce que « faire lien », quand garder nos distances et déserter les lieux publics devient la norme? Et vous, comment envisagez-vous les interactions sociales de demain?


Qu’est-ce que « faire lien », quand garder nos distances et déserter les lieux publics devient la norme?

Sociabilité 2.0

Le concept de lien social, le professeur de sociologie Antonio Casilli s’y est intéressé, avec, dans sa mire, les technologies de la communication et les réseaux sociaux. Il parle volontiers d’une réinvention du lien social, dénonçant l’opposition entre le monde physique (dit réel) et le monde numérique. Ne voyant pas dans les réseaux socionumériques une menace aux rencontres et à la communication en face à face — ils en constituent plutôt des modalités complémentaires —, Casilli invite à une curiosité eu égard aux nouvelles formes de sociabilité.


L’obligation de rester chez soi donne au numérique un aspect quasi providentiel, du moins, pour les personnes connectées. Tous ne sont pas égaux devant la situation du confinement : l’accès à Internet et la littératie numérique confèrent aujourd’hui un privilège. En ces temps incertains, les messages de promotion de la santé mentale continuent de circuler à grande échelle grâce à Internet. Force est de constater que les mesures de distanciation physique ne déstabilisent pas l’idéal hédoniste et les projets d’accomplissement personnel alimentant et balisant nos aspirations au bien-être.


Maintenant que cet idéal est bien installé, qu’on voit dans la poursuite du bonheur un incontournable, les relations interpersonnelles se révèlent d’autant plus précieuses. Aujourd’hui plus que jamais, Internet et les échanges médiatisés deviennent encore davantage un important enjeu d’apprentissage et de discussion. C’est avec une conscience accrue des milieux que nous habitons, de nos appartenances, mais aussi de nos responsabilités partagées face au lien social et à la santé collective que le bonheur doit être réimaginé… pour un avenir durable!


Qu'est-ce que le bien-être subjectif?

Au Québec, la politique de santé mentale de 1989 a marqué un tournant dans les manières d’organiser les soins, mais elle a aussi contribué à l’émergence de perspectives préventive et promotionnelle révélatrices des préoccupations politiques et économiques concernant le bien-être des personnes, et plus largement, des collectivités. Avec l’élargissement de la définition de la santé — la santé n’est plus définie comme une absence de maladie ou d’infirmité, mais comme un état de bien-être physique, mental et social complet auquel aspirer (Charte d’Ottawa, 1986) —, nous en sommes venus à nourrir une vision de la vie heureuse qui intègre non seulement les composantes cognitives, mais affectives. Ainsi, le bien-être subjectif coïncide avec les conceptions hédoniste et d’accomplissement personnel du bonheur.


Contactez-nous

  • Facebook
  • Instagram
  • LinkedIn

Liens rapides